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Manouche CHAMIRIAN : « Une vie consacrée à la transmission » La Grande Dame s’en est allée au creux de l’été, le 26 août 2009, presque aussi discrètement qu’à son habitude. Et pourtant, celle à qui on veut aujourd’hui rendre hommage était un monument. De ceux qui ne le montrent pas, qui ne se vantent pas, ne pavanent pas, mais qui marquent indélébilement les vies de ceux qui les côtoient. De sa voix flûtée, de son ton doux, de son regard souriant et espiègle, elle transmettait. Sans désemparer, malgré les difficultés et les années, celle qui était affectueusement surnommée Kouirig (petite soeur), instruisait, organisait, mettait en branle, montrait l’exemple. Sa vie entière, Manouche CHAMIRIAN l’a certes consacrée à sa famille, à son mari qu’on appelait « Commandant », à ses cinq enfants, ses petits enfants et arrières petits enfants, mais surtout à tous ses autres enfants, ceux à qui elle a voué son idéal de jeune Arménienne. A quinze ans à peine, prenant conscience du manque de structures visant les jeunes filles, Kouirig organise le premier mouvement scout féminin et arménien à Marseille, qu’elle appellera Hai Arinouch (en référence aux Hai Ari), pour des générations d’adolescents et à qui elle va tenter toute sa vie durant, d’inculquer avec rigueur et affection, les principes inspirés de Baden Powell, accommodées à la sauce arménienne. Cette arménité qui lui a été transmise dès sa naissance le 15 août 1915, dans une funeste période, par son père, professeur dans un orphelinat en Arménie jusqu'à l'arrivée des Russes. Ce père socialiste a donc été obligé de partir en Roumanie puis en France pour que Manouche puisse faire des études. Mais une fois à Marseille, elle doit travailler par nécessité dans une biscuiterie alors qu'elle n'a que 12 ans. Plus tard, elle a pu enseigner dans les écoles arméniennes de Marseille comme son père, notamment les danses folkloriques arméniennes qu'elle avait appris dans les orphelinats. Sa connaissance de la culture arménienne était impressionnante, et son talent certain. Pendant les veillées, lors des camps, qui ne se souvient de Kouirig s’accompagnant à la mandoline, autour d’un feu de camp ? Elle a aussi écrit plus de 200 poésies sur l'Arménie et a fabriqué inlassablement des costumes de poupées représentants chaque région de l'Arménie. Mais sa troupe de scouts représentait une grande famille où les ainés envoyaient à leur tour leurs enfants sous la coupe tendre de Kouirig, qui leur enseignait bien sûr l’Arménien et l’histoire, les chants, les danses, la cuisine (c’est auprès d’elle que j’ai appris les secrets de confection du café arménien), la couture, mais aussi les valeurs fondamentales de fraternité, d’engagement, de fidélité, de droiture… Pendant les années d’après-guerre et jusque vers les années 1990, les jeunes Hai Arinouch constituent une troupe de danse impressionnante, avec de magnifiques costumes tous cousus main. Dans la frénésie qui précédait les spectacles, les réunions et répétitions avaient souvent lieu chez Kouirig, et toute la famille participait... Christine, l’une de ses filles qui excellait en danse, assurait la responsabilité de la troupe et des spectacles ; Suzanne à l’esprit pratique, était la responsable logistique, et les garçons Massis et Ichran représentaient la gente masculine dans cet univers féminin. Sa fille ainée Alice, cantatrice mezzo-soprano, qui s’est illustrée notamment dans le rôle d’Anouch dans les années 70, avec le corps de ballet et les choeurs des Hai Arinouch, est mariée au chef d’orchestre Ohan DOURIAN, et vit en Arménie depuis l’indépendance. C’est chez elle, à Erevan, que sa mère, cette dame au grand coeur, s’en est allée, accomplissant ainsi son destin. Mais c’est auprès de son époux dans le petit village de la Bastide des Jourdans (84) qu’elle repose désormais, après une cérémonie à l’église du Prado à Marseille où des personnalités l’ayant appréciée, comme Garo Hovsépian ou Garbis Artin lui ont rendu un très bel hommage.
Rose-Marie FRANGULIAN LE PRIOL
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