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Il y a quarante-six ans de celà, en 1965, année du cinquantenaire du génocide arménien, alors que je travaillais encore comme chef du Département musical à la rédaction de la revue « Sovétakan Arvest » (« Art Soviétique »), le rédacteur en chef m’a proposé impérativement d’ « écrire un article convenable » pour notre numéro d’avril, consacré à cette date importante. La proposition m’a plu, mais le mot « convenable » était quelque peu préoccupant. Toutefois, le même soir la préoccupation a disparu, lorsque soudain l’inspiration m’est venue d’écrire un essai intitulé : « D’où êtes-vous originaire ? ». Cette question purement arménienne, inhérente à la destinée de chaque Arménien, je me proposais de la poser aux célèbres hommes d’art rapatriés, à commencer par Haroutiun Galents, et de présenter brièvement l’histoire d’une destinée spéciale. Evidemment, j’ai posé aussi cette question à Ohan Dourian, dont la renommée, en tant que grand chef d’orchestre, était connue déjà depuis plusieurs années non seulement chez nous, mais aussi à l’étranger, depuis Moscou jusqu’à Leipzig. Il y a de nombreux paradoxes au monde, mais y a-t-il des paradoxes du genre dont est remplie la vie du peuple arménien ? Où peut-on voir, par exemple, un paradoxe tel que celui de ce petit garçon turcophone, né à Kutahya, orphelin, venu à Etchmiadzine se présenter devant le Catholicos, parlant et chantant en turc, capable de l’émouvoir avec sa belle voix et son chaleureux désir d’apprendre l’arménien, et de devenir ensuite, malgré les persécutions qui font obstacle à sa grande vocation, l’archimandrite Komitas, révélateur de l’essence de l’âme et du chant arméniens, dont le nom est désormais sacré pour notre nation ? Oui, notre histoire est étrange. Alors faut-il être étonné lorsqu’on entend des réponses étonnantes à sa question ? Comment voulez-vous qu’Ohan sache d’où est originaire sa famille, si ses lointains ancêtres ont émigré d’Arménie… Y étant contraints ou volontairement ? Comment voulez-vous qu’il le sache ? Peut-être d’Erzeroum? Une supposition qu’il fait en haussant les sourcils avec suspicion. - Ce qu’on appelle maintenant Erzeroum, n’est-ce pas l’ancien Karine ? Il me semble avoir entendu que c’est de là que nous sommes originaires. Je l’ai entendu dire, mais je n’en suis pas sûr, pas sûr du tout… - Ou peut-être d’Ani ? C’est une idée que je lui souffle. Martiros Sarian, par exemple, aimait dire que ses ancêtres venaient d’Ani. D’autres aussi… - J’ai entendu aussi une chose de ce genre, sourit-il. Où peut-être que je l’ai imaginée ? Le fait est qu’Ohan Dourian est né en 1922 à Jérusalem dans une famille arabophone ; très jeune, il a perdu son père, Khatchadour Khatchadourian, qui était menuisier. Sa mère était une Arabe chrétienne. Ou peut-être, je lui souffle encore, descendait-elle d’une famille arménienne arabisée ? Car, il y en a eu beaucoup. Par...
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