|
Sur un fond d’horreur, de sévices de toutes sortes, de cruauté physique et mentale, Mihran Mavian insiste sur l’humain, c’est-à-dire sur les hommes qu’il a rencontrés, connus, auxquels il s’est attaché.
Ces rencontres donnent au livre une autre dimension, en montrant la diversité d’hommes, de groupes sociaux, de nationalités, d’idées politiques et de confessions présentes dans les camps nazis.
Ces différences font par ailleurs l'originalité et la valeur de ce récit bouleversant.
Texte de la quatrième de couverture :
L'épopée, dans un combat inégal, de l'humain contre la barbarie.
Le récit de Mihran Michel Mavian, déporté, rescapé du "convoi des Tatoués".
Emprisonné à Fresnes puis détenu au camp de Compiègne-Royallieu, il est envoyé à Auschwitz le 27 avril 1944. Miraculé, il est expédié à Buchenwald puis au camp d'extermination de Flossenbürg.
L'importance qu'il donne dans le récit, aux rencontres dans les camps avec ses compatriotes arméniens, arrêtés en France ou officiers et soldats de l'armée soviétique, traités en tant que Russes avec une extrême cruauté, en fait un témoignage rare.
Libéré par l'armée américaine en avril 1945 pendant les marches de la mort, Mavian disait : "Avril 1945, une deuxième naissance ", il aurait pu parler de troisième naissance puisque, en 1915, à l'âge de 15 ans, il avait survécu au génocide des Arméniens.
Le récit d'origine, écrit en arménien, publié en 1976*, a été traduit par sa fille avec de nombreux temps de pause, nécessaires pour surmonter l'émotion accumulée au fil de ces pages de souffrance et d'horreur et de solidarité entre frères de captivité.
Mavian Mihran, Par-delà les ténèbres, Edition Mémorial de l'internement et de la déportation, 2010, 162 pages, 18€.
Le Samedi 17 Avril 2010, a eu lieu à Compiègne, le Congrès de l'Amicale des déportés Tatoués du 27 avril 1944 : Depôt de gerbes au Monument aux morts de Royalieu, visite du Mémorial de l'internement et de la déportation de Royalieu, présentation par Danièle BESSIERE du DVD "De Royalieu à Royalieu " et présentation par Alice MARIETAN de l'ouvrage des mémoires de son père, Michel MAVIAN.
“Retour du déporté vu par la famille et les enfants - Le retour du père“
"Au rez-de-chaussée, un sombre couloir, la peinture écaillée du fond évoque des animaux féroces pour la petite fille qui s'en approche toujours avec peur. Heureusement trois marches mènent à l'air libre, aux amies… elles sont assises toutes deux, légèrement penchées en avant, se confiant on ne sait quels secrets, un petit vent souffle sous la voûte de pierre qui les protège. Soudain, sous le porche, sur les pavés disjoints, un vieillard. "C'est ton père" dit l'amie. La petite fille ne peut y croire. Ce vieil homme décharné, courbé, hâve, qui a du mal à marcher, son père ? Comme un automate, elle se dirige vers le logement, affrontant les taches de plâtre blanc, elle ouvre la porte et blême, annonce à sa mère : "Papa est-là !" Ce vieil homme peut-il vraiment être son père ? Reconnaît-elle son regard ? Les yeux sont comme éteints. Son sourire ? La bouche est édentée. Sa voix ? Il prononce quelques mots. Les aînés, eux, semblent le reconnaître, le amis, les cousins, viennent fêter le retour du miraculé, celui qui est revenu des camps de la mort, des camps d'extermination qu'ils vont découvrir incrédules, avec effroi et terreur peu à peu au cours des années. Cet homme, son père, est-ce le même que celui qui avait été arrêté par la Gestapo quinze mois plus tôt en février 44 ? Certainement pas. Cassé, torturé, mille fois humilié, tatoué pour la chambre à gaz, sauvé in extremis par son moral d'acier et son métier, cet homme commençait une deuxième vie, une "re-naissance", comme il disait. A tous les déportés qui ont connu toutes les indignités et toutes les souffrances pour leur idéal, à ceux qui sont revenus, à ceux qui sont morts dans les camps nazis, je rends hommage."
Alice Marietan Fille de Michel Mavian (186.060)
|
|